Avant de convoquer le souvenir de Lola et des demi-mondaines de la Belle époque, il faut rappeler que la Cigale est née du développement du commerce de la bière en France, après la crise du phylloxera.
Émile Libaudière, son architecte, fit abattre l'entresol de l'ancien magasin de tissus pour obtenir une hauteur de 7 mètres. Le premier luxe de la Cigale, c'est l'espace.
Émile Libaudière, son architecte, fit abattre l'entresol de l'ancien magasin de tissus pour obtenir une hauteur de 7 mètres. Le premier luxe de la Cigale, c'est l'espace.
Un espace en continuité avec celui de l'opéra (juste de l'autre côté de la place Graslin, qui fut conçue, à la veille de la révolution, comme la salle du grand spectacle urbain). « Au début du 20e siècle, explique Geneviève Dormann, c'était un endroit où un Nantais bien né n'emmenait jamais sa femme, il n'y avait que des actrices et toutes sortes de gourgandines. » C'est devenu un endroit à la fois "chic" et très touristique (c'est même le premier restaurant de la façade atlantique en fréquentation).


1 commentaires:
Fabuleux endroit... dont me reste ce cuisant souvenir de lait au citron comme dit ci-après...
LE FOURREAU NOIR
Eté 196... Le souriceau naïf et inexpert de la fable, c’est moi. Avec deux camarades plus âgés mais surtout auto-risés (une vieille Simca 1000 noire fourguée par un vendeur d’occases véreuses : pneus morts, marche en crabe et vernis envolé dès le lendemain de l’arnaque) je traîne pour la sortie dominicale à L..., petite ville provinciale qui sans doute appréciera que je taise son nom. Et si ça se trouve, exhumée quarante ans après des tréfonds de ma mémoire, ce n’est même pas elle.
On le sent vite, là plus qu’ailleurs, le dimanche après-midi est pire que pire. Les retour-de-vêpres croisent lentement des pensionnaires en stricte cohorte bleu marine, et boutonnés doré comme dit la chanson. Des caniches en barboteuse blanche et bouclée, l’œil ailleurs, traînent leurs maîtresses sorties voir si dehors la mélancolie est plus belle. Derrière les hautes fenêtres d’une façade grise, des lumières voilées d’un jaune presque rouge soupirent d’ennui au chevet de quelque punition pianistique – Truite détruite ? Marché Persan percé ? Lettre à Elise élimée ? Le pensum est exécuté pour les invités résignés par une jeune fille plus toute jeune, mais pleine de promesses notamment monétaires, disent des géniteurs pressés de la caser. Les moineaux mêmes, comme lourds de tout ce poids, pépient mezza voce, chassant à petit vol, de bancs en trottoirs, les dernières miettes des croissants matinaux.
(Ce vernis de respectabilité s’écaille dans une vespasienne aux urinoirs teintés à l’eau ferrugineuse, où des graffitis obscènes agrémentés de propositions monosexes aux chiffres divers quant aux performances et aux âges s’offrent pour la première fois à la gêne du souriceau susnommé).
Fuyons cette poisse de déprime et, parce qu’il faut bien faire quelque chose, tiens, boire un lait-fraise (pas question de refaire le coup du lait-citron qui m’avait valu une prophétie moqueuse du barman d’un célèbre café nantais, réalisée une seconde après avoir effectué le fatal mélange), entrons dans le premier bar venu. Formica jaunasse), banquette bancale et petits abat-jour abattus. Peu de clients. Beaucoup de silence. Le serveur, derrière son torchon, pense à autre chose. Accoudée au zinc, une femme, fourreau noir et court, des jambes assez fortes, l’escarpin droit grattant la barre, un boa noir sur ses épaules nues que frôlent des cheveux laqués en chute raide, noirs aussi. Ils masquent son profil. Elle boit. Vide son verre. Puis tourne brusquement vers moi un visage bistre taillé à la serpe. Elle me fixe. Enfoncé sous d’épais sourcils maquillés, son regard creux et froid me pétrifie.
C’est un homme.
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