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Pour changer un peu des trucs tragiques, j’avais écrit un petit refrain pour toi :
Je voudrais que la marchande me dise bonne semaine Simone
Ou bien qu’elle me dise : tout de même quel bel automne
Je voudrais aussi qu’elle me dise bonne année René
Mais la marchande ne me dit jamais que bonne journée.
Ce refrain reste suspendu dans l’air, comme la pièce de théâtre que nous allions créer, Traces de Khôl. Nous étions tellement heureux d’imaginer tes copines comédiennes, Léa, Lucie, Morwenna dans leurs différents rôles.
Tu avais peur que j’aie peur. J’avais peur que tu voies que j’avais peur.
Je n’ai même pas eu le temps d’encadrer l’affiche des Parapluies de Cherbourg offerte à Noël.
Tu m’a démontré que Benjamin Biolay est un vrai chanteur.
Tu ne croyais absolument pas à la mort, puisque tu étais la musique et la grâce dans leur pureté intense. Mais le mélanome n’est pas mélomane.
A l’Hôtel-Dieu (ne le répétez pas), tu as fait le mur en pyjama avec ta voisine de chambre (pompe à morphine sous le bras), pour aller au concert.
Tu taquinais les chirurgiens sur leur vocabulaire, quand ils disaient : « tu branches ce truc-là sur ce machin ».
Tu avais une conversation délicieuse.
Tu disais des choses marrantes, touchantes, comme :
« Est-ce que les neurochirurgiens, quand ils font leur footing, se racontent des histoires de cerveau ? »
« Mes parents, vous êtes mes meilleurs amis » ;
« Il y a dans la nature humaine quelque chose qui fait qu’on espère toujours » ;
« pour certaines personnes, le cancer est la chance de leur vie » ;
« je prépare ma légende » ;
« 25 ans de bonne santé, c’est pas mal déjà » ;
« C’est sûr maintenant, juillet n’est pas un mois comme les autres » ;
« je me sens pleine de patience et d’amour, je me sens comme mère Térésa » ;
« Je vais prier. Pour moi. On ne sait jamais »
Tu avais un côté grande marquise, tenant salon dans le hall de l’hôpital, comme l’impératrice Plotine. Tu m'as piqué le portrait de Madame Récamier. Tu m’as aussi piqué une diapositive, pour en faire ta première chanson.
Je me souviens de ton sommeil paisible dans le jardin, avec la nature qui t’entoure, te protège de toutes ses forces, comme un paravent d’oiseaux, un bouclier de fleurs, une barrière de parfums.
"Ce qui est fascinant, c’est la dernière fois. Saurons-nous quand nous serons pris en photo pour la dernière fois ? Le savons-nous quand nous voyons une personne pour la dernière fois ? La dernière phrase d’un livre a plus d’importance que la dernière".
Ta réponse à la maladie fut la couleur rose, le rose Jacques Demy.
Rose la robe de chambre,
rose le turban,
rose, les langoustines,
rose, le rosé.
Rose, ta belle robe de scène cop. Copine dont tu étais si fière et qui est aujourd’hui ta dernière robe.
Adieu ma fille adorée, toi qui ne croyais pas en la mort.
Tu nous as tant donné que nous ne manquerons de rien pour poursuivre le chemin, sans toi mais avec toi.
Sache aussi que ton frère Louis est beau et fort dans l’épreuve. Il a posé sa tête sur mon épaule, a versé ses larmes et s’est redressé comme un vrai samouraï.
Il t’admirait en silence.
Adieu ma jolie Arthénice.
Tu étais aussi ma meilleure amie.
2 commentaires:
Ce que tu as écrit pour ta fille, mais aussi pour nous, pour qu'on puisse entendre ce qui se passe en toi, ce qui s'est passé, c'est quelque chose de très fort.
Ecrire ... pour continuer à faire exister nos êtres aimés, volés par les mauvais choix du hasard !
Ecrire ... un remède ... palliatif ... pour supporter l'absence ...
Ecrire ... pour transmettre ...
Ecrire ... pour survivre et profiter de ce qu'ils ne peuvent plus vivre ...
"C'est ce qui manque qui donne la raison d'être." Un collègue et ami, que vous avez croisé récemment, a eu raison de publier cette sage phrase de Lao-Tseu. Il m'a redonné de la force sans le savoir ...
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